Extrait du Journal de Maurice Mazo
.
Début du Journal : Février 1939.



"Je commence aujourd'hui ce journal. Y serai-je assidu ? Je pense avoir de temps en temps le besoin de le retrouver et de m'y retrouver. Plus de solitude amène plus de vie intérieure et un plus grand besoin de s'épancher. Je n'ai jamais recherché chez personne un confident, au moins à ma conscience, et c'est par hasard, un peu par vanité, comme tous que je me suis parfois confessé. Mais ici, c'est à plus de discipline que je me promets : discipline de pensée, plus de rigueur dans l'examen de tel ou tel point de mon esprit. Donc plus de fruit, résultant d'une attention intérieure plus pure…

...Par l'étude continue et la méditation, dont j'ai l'habitude presque journalière, je suis arrivé à me connaître comme artiste, à me voir agir quand je veux, et à posséder dans la mémoire de mon savoir, une richesse dont personne ne se doute. Je pose très consciemment des problèmes que je résouds avec des solutions nouvelles pour moi, mais prises en moi et qui se proposent quand vient leur tour. J'ai ainsi, très patiemment, et avec l'aide d'une grande volonté, accompli dans la peinture un très grand parcours, où aucun possible ne m'a échappé. Prémisses, capitales dans toutes les choses de la raison, je vous ai longtemps refusées, car vous ne me paraissiez pas assez claires. Il fallait que je lutte aussi contre les mauvaises habitudes que tout peintre d'aujourd'hui prend forcément, et, en les changeant, réserver toujours le nœud de mes élans, ce qui est le plus profond de ma force, mon instinct pur et seul, car c'est de lui que j'ai toujours attendu tous mes pas en avant ; mais il fallait également que je classe mes moyens, que j'épure les signes de mon travail, que j'assure et construise solidement ma langue.
"