à l’occasion d’une exposition au musée « La Piscine «  à Roubaix
                       du 15 juin au 16 septembre 2007

 

AUTOUR  d’UNE DONATION  (préface du catalogue de l’exposition
                                                      par Bruno Gaudichon, conservateur du musée)

 

En 2001  et en 2007, madame Guelton, nièce du peintre Maurice Mazo fait don à La Piscine de plusieurs œuvres de son oncle : une toile, les amateurs de peinture (1934) et plusieurs dessins font alors leur entrée dans les collections de La Piscine. Cet ensemble est complété en 2007 par l’achat d’une gouache. La générosité de Madame Guelton ne tient pas à une quelconque relation – qui d’ailleurs n’existe pas – entre Mazo et Roubaix, mais à la volonté de notre donatrice de faire entrer l’artiste dans une collection qui compte nombre de créateurs de sa génération, au premier chef desquels on retiendra sans doute le nom d’Emile-Othon Friesz qui fut le professeur de Mazo qui lui succéda à l’académie de la Grande Chaumière après la seconde guerre mondiale. Sans aucun doute, Mazo s’inscrit facilement dans le fond de  peinture moderne de tradition réuni à La Piscine et l’ensemble de ses œuvres désormais propriété du musée de Roubaix célèbre parfaitement le style et l’inspiration d’un artiste qui vécut sa vie d’artiste comme un engagement complet au service de la peinture.

Si le nom de Maurice Mazo n’est pas de ceux qui suscitent d’immédiates images, il ne faut pas mésestimer la place de l’artiste dans sa génération. Salué par des critiques fidèles comme Waldemar George, Luc-André Marcel, Pierre du Colombier, Pierre-Miguel Merlet, son œuvre  dessiné est unanimement reconnu. Robert Humblot, par exemple, le compte parmi les meilleurs dessinateurs du XXeme  siècle. Et c’est à une véritable redécouverte que les musées de Poitiers, Niort, Beauvais et Boulogne Billancourt ont convié leurs publics en 2005-2006 en organisant une vaste et passionnante rétrospective de l’œuvre de notre artiste.

A Roubaix, la présence de Mazo est justement surtout le fait d’œuvres graphiques. Ce bel ensemble rappelle la place essentielle que tient le dessin dans l’inspiration et le métier du peintre qui revient très fortement, dans ses Entretiens avec Jean Claude Yvetot, sur cette prépondérance. Et ses amis artistes – Despiau et Bourdelle par exemple – insisteront souvent sur ses exceptionnelles réussites en ce domaine où il sait si bien faire la preuve d’un talent singulier, évoquant l’énergie et la vitalité des dessins de sculpteur.

Le  fonds roubaisien est assez fidèle aux sujets qu’appréciait Mazo, notamment les évocations mythologiques, les scènes d’atelier, l’expression du désir, les promenades au parc, les terrasses de cafés, les vernissages mondains....  La plume et l’encre de Chine sont des techniques récurrentes dans le sillage virtuose des grands dessinateurs de l’histoire de l’art, et notamment dans le souvenir émerveillé de Delacroix.

Cette petite publication accompagne une exposition réunissant l’ensemble des donations de madame Guelton et quelques emprunts sollicités auprès de différents collectionneurs. Cet accrochage permet de montrer à la fois la cohérence du travail graphique de Maurice Mazo qui s’affirme dans la durée très fidèle à des convictions fermement revendiquées, et la qualité irréprochable des applications que propose l’artiste de différentes techniques, notamment le pastel, la gouache et l’encre. Que cette découverte d’une page trop mal connue de l’expressionnisme français du cœur du XXème siècle exprime la reconnaissance de La Piscine pour la générosité de madame Guelton qui a là singulièrement enrichi notre cabinet des dessins avec une œuvre forte et sans complaisance. Qu’elle suscite chez les visiteurs du musée de Roubaix le goût d’aller plus loin dans la connaissance d’un artiste qui sut porter sur son siècle un regard d’une féroce élégance à rebours du langage convenu et de la domination des modes.

 

                                                                          Bruno Gaudichon

                                                                                Juin 2007